Mgr Strickland aux curés : Encourager la dissolution du mariage là où le Christ commande la fidélité n’est pas de la compassion ; c'est de l'abandon.
Je vous écris en tant qu'évêque de l'Église catholique, tenu par le devoir sacré de garder le dépôt de la foi et de dire la vérité qui m'a été confiée par le Christ lui-même à travers son Église. Le silence face à l’erreur n’est pas de la charité. L’ambiguïté là où les âmes sont en jeu n’est pas une miséricorde. La confusion actuelle autour du mariage exige de la clarté et non des compromis.
Aujourd’hui, le mariage n’est pas seulement blessé par le monde. Il est affaibli par de fausses pratiques pastorales, un silence doctrinal et une perte tragique de confiance dans ce que le Christ lui-même a enseigné. Ce que l’Église professe avec ses lèvres est souvent nié dans la pratique, et les fidèles restent confus, découragés et blessés.
Le mariage est une institution divine et non un contrat humain
Notre Seigneur Jésus-Christ a dit clairement et définitivement : “… Que personne ne sépare donc ce que Dieu a uni” (Matthieu 19:6). Ce ne sont pas des mots symboliques. Ce n'est pas une idée. Ils ne sont pas conditionnés au bonheur, à la compatibilité, à l’épanouissement émotionnel ou à la croissance personnelle. Ils sont un commandement du Christ.
Le mariage n’est pas créé par les seuls époux et il ne s’agit pas non plus d’un arrangement privé sujet à révision. Il est accompli par Dieu par l’échange valide du consentement matrimonial. Lorsqu’un homme et une femme se donnent et se reçoivent librement selon l’ordre établi par Dieu, un lien réel et objectif naît – un lien qui ne dépend pas des sentiments, des circonstances ou des développements ultérieurs.
Ce que l’Église enseigne sur le mariage
L’Église catholique enseigne que le mariage, de par sa nature même, est une alliance à vie et exclusive entre un homme et une femme, ordonnée pour le bien des époux et pour la procréation et l’éducation des enfants. Cet enseignement ne trouve pas son origine dans la politique ecclésiastique ou la coutume culturelle, mais dans la loi naturelle établie par Dieu et confirmée par la révélation divine.
Le Catéchisme de l'Église catholique déclare : “L'alliance matrimoniale, par laquelle un homme et une femme établissent entre eux un partenariat de toute la vie, est par nature ordonnée vers le bien des époux et la procréation et l'éducation de la progéniture” (CEC 1601).
Le Catéchisme enseigne en outre : “D'un mariage valide naît un lien entre les époux qui, par sa nature même, est perpétuel et exclusif ; de plus, dans un mariage chrétien, les époux sont fortifiés et, pour ainsi dire, consacrés pour les devoirs et la dignité de leur état par un sacrement spécial” (CEC 1638).
Cette caution n'est pas provisoire. Cela ne dépend pas de la satisfaction émotionnelle ou de l’épanouissement personnel. De par sa nature même, elle est perpétuelle et exclusive.
Le mariage et le sacrement
Le Christ notre Seigneur n’a pas aboli la réalité naturelle du mariage. Il le confirma et, entre les baptisés, l'établit comme sacrement de la Nouvelle Alliance.
Le Catéchisme enseigne : “Cette alliance entre baptisés a été élevée par le Christ Seigneur à la dignité de sacrement” (CEC 1601).
Et encore : “Ainsi le lien matrimonial a été établi par Dieu lui-même de telle manière qu'un mariage conclu et consommé entre baptisés ne peut jamais être dissous” (CEC 1640).
Pour cette raison, un mariage valide et consommé entre baptisés est indissoluble dans un sens absolu. Aucune autorité humaine – civile ou ecclésiastique– n’a le pouvoir de dissoudre ce que Dieu Lui-même a uni.
Le sacrement du mariage et la grâce qu'il confère
Le sacrement du mariage n’est pas accessoire au mariage chrétien. Cela compte profondément. Lorsque deux baptisés se marient selon la loi de l’Église, le Christ lui-même agit sacramentellement, conférant une grâce propre à cette vocation.
Le Catéchisme de l'Église catholique enseigne : “En raison de leur état de vie et de leur ordre, les époux chrétiens ont leurs propres dons particuliers dans le Peuple de Dieu” (CEC 1631).
Et encore : “Christ habite avec eux, leur donne la force de prendre leurs croix et de le suivre ainsi, de se relever après leur chute, de se pardonner les uns les autres, de porter les fardeaux les uns des autres, de ‘être soumis les uns aux autres par respect pour Christ,’ et de s'aimer les uns les autres avec un amour surnaturel, tendre et fructueux” (CEC 1642).
Ce ne sont pas des sentiments poétiques. Ils décrivent une grâce sacramentelle réelle et opérationnelle. Ceux qui se marient dans l’Église ne comptent pas uniquement sur la force humaine. Ils reçoivent une assistance divine pour vivre la fidélité, la permanence et le sacrifice de soi – même lorsque cette fidélité est coûteuse.
Ne pas tenir compte du sacrement, le traiter comme un simple symbole ou parler comme s’il n’ajoutait rien d’essentiel au mariage, c’est nier les moyens mêmes que le Christ a donnés pour soutenir les époux dans leur vocation. L’échec de nombreux mariages aujourd’hui n’est pas la preuve que le sacrement est inefficace, mais la preuve que sa grâce est trop souvent négligée, mal comprise ou combattue.
L'erreur de notre époque : traiter le mariage comme révocable
Nous devons parler honnêtement. Dans de nombreux endroits aujourd’hui, les catholiques sont amenés – explicitement ou implicitement – à croire que le mariage n’est permanent que jusqu’à ce qu’il devienne difficile. Ce n’est pas un enseignement catholique. Ce n’est pas l’Évangile. Et ce n’est pas de la miséricorde.
La souffrance n’invalide pas un sacrement. La difficulté ne défait pas un lien. La Croix n’a jamais été la preuve que Dieu était absent.
L’Église a toujours enseigné, et réaffirmé à plusieurs reprises par l’intermédiaire de ses Souverains Pontifes, que le mariage est perpétuel et indissoluble par sa nature même, et qu’aucune autorité humaine n’a le pouvoir de dissoudre un lien matrimonial valide.
Le pape Léon XIII, en Arcane Divinae Sapientiae, a déclaré : “Il est donc clair que parmi les chrétiens, tout véritable mariage est, en soi et par lui-même, un sacrement ; et que rien ne peut être plus éloigné de la vérité que de dire que le sacrement est un certain ornement ajouté, ou une dotation extérieure, qui peut être séparé et arraché du contrat au caprice de l'homme.”
Et le pape Pie XI, dans Casti Connubii, a déclaré “Dans le sacrement {du mariage… }, il est prévu que le lien du mariage ne doit pas être rompu et qu’un mari ou une femme, s’il est séparé, ne doit pas être uni à un autre, même pour le bien de la progéniture.”
Pourtant, aujourd’hui, on dit à de nombreux conjoints de “passer à autre chose”, comme si la persévérance était naïve et la fidélité irréaliste. Cette langue ne vient pas du Christ. Cela vient d’une culture qui craint le sacrifice et nie le pouvoir rédempteur de la souffrance.
Les nullités et la crise de la compréhension
Une nullité ne met pas fin à un mariage. Il s’agit d’une déclaration selon laquelle un mariage valide n’a jamais existé en raison d’un défaut présent au moment du consentement.
Lorsque les nullités sont considérées comme des recours courants en cas de rupture du mariage, les fidèles apprennent – intentionnellement ou non– que le mariage est provisoire. Cette mentalité sape la confiance dans les sacrements et affaiblit la conscience de l’Église.
Le tribunal existe pour servir la vérité et non pour permettre une évasion de la Croix.
Un mot au clergé
À mes frères prêtres et diacres, je parle avec urgence et charité. Vous n’êtes pas appelés à offrir le conseil du monde, mais la vérité du Christ. Encourager la dissolution là où le Christ commande la fidélité n’est pas de la compassion ; c'est de l'abandon.
Le pape Pie X a rappelé aux bergers que leur premier devoir est d’enseigner la vérité et de réfuter l’erreur. N’ayez pas peur d’être qualifié de rigide. Craignez plutôt de vous tenir devant Christ après avoir adouci Ses paroles.
Aux fidèles qui persévèrent
À ceux qui portent de lourdes croix conjugales, sachez ceci : votre fidélité compte. Votre persévérance n’est pas stupide. Votre souffrance, unie au Christ, est rédemptrice.
Il faut également préciser clairement que l’Église n’a jamais enseigné qu’un conjoint doit rester dans des situations de maltraitance, de préjudice grave ou de danger grave. La violence, la coercition et la violation de la dignité humaine sont des péchés graves, et aucun homme ne peut faire appel à l’indissolubilité du mariage pour les excuser. Dans de telles circonstances, la séparation peut être non seulement autorisée mais moralement et prudentiellement nécessaire à la protection de la vie et de l’âme. Une telle séparation ne nie pas le lien matrimonial et ne le dissout pas. Au contraire, il reconnaît la réalité tragique du péché tout en défendant la vérité selon laquelle le lien lui-même demeure. L’Église ne doit jamais confondre la fidélité avec la persistance des abus, ni la Croix du Christ avec la tolérance des injustices graves.
Conclusion
Le mariage n’échoue pas parce que l’enseignement du Christ est trop dur. Le mariage échoue parce que nous ne croyons plus que Christ pensait ce qu’il a dit. Le remède n’est pas l’innovation, mais la conversion. Pas le silence, mais la vérité. Pas d'hébergement, mais de fidélité.
Avec une sollicitude paternelle, je confie tous les couples mariés, et surtout ceux qui portent de lourdes croix, à l’intercession de la Sainte Famille de Nazareth. Que saint Joseph garde les maris avec fidélité et courage. Que la Bienheureuse Vierge Marie fortifie les épouses dans la persévérance et l’espérance. Que le Christ, l’Époux fidèle de l’Église, redonne clarté, courage et conviction à son peuple.
Et que Dieu Tout-Puissant vous bénisse, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Amen.
Mgr Joseph E. Strickland
Évêque émérite
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