Marie Médiatrice de toutes grâces : réfutation de "Mater Populi Fidelis"
33. Tout cela n’a pas eu lieu à cause de ses propres mérites, mais parce que les mérites du Christ sur la Croix lui ont été pleinement appliqués de manière spéciale et anticipée, pour la gloire de l’unique Seigneur et Sauveur[63]. Elle est, en somme, un chant à l’efficacité de la grâce de Dieu, de sorte que toute reconnaissance de sa beauté renvoie immédiatement à la glorification de la source originelle de tout bien : la Trinité.
Mais Marie ne correspond pas seulement à ce genre de stéréotype qui la confinerait en tant que femme parfaite à être seulement belle à regarder, car aucun rôle actif ne pourrait lui être confié sans que cela fasse de l'ombre à son Fils.
---> Être la Mère du Christ fut certes un rôle discret, surtout par rapport à la Mission publique du Christ, mais jamais mission ne fut cependant plus active et plus responsable que celle-ci, nécessitant consentement, décision et action ( cf la Corédemption de Marie ).
---> Marie est à la fois celle qui reçoit, et celle qui agit, telle Rebecca en faveur de son fils Jacob : c'est entièrement grâce à elle que celui-ci put recevoir la bénédiction de son père Isaac ( cf le traité de saint Louis Marie Grignon de Montfort ).
---> Si elle est nommée par l'Église la "Toute Puissance Suppliante", ce n'est certainement pas en raison de son rôle purement passif dans l'économie du Salut !
L’incomparable grandeur de Marie tient à ce qu’elle a reçu, et à sa disponibilité confiante à se laisser envahir par l’Esprit. Quand nous nous efforçons de lui attribuer des fonctions actives parallèles à celles du Christ, nous nous éloignons de cette beauté incomparable qui lui est propre.
C’est extrêmement réducteur et discutable : on prend ici Marie pour une simple image à contempler, peut-être parce que l'Église a eu tant de mal à reconnaître les messages qu'elle est venue transmettre à ses enfants de la part de Dieu.
---> Non seulement donc c'est très réducteur, mais l'argument utilisé est totalement inadéquat : en effet, un vase qui recevrait l'eau pure et saine, mais sans pouvoir ensuite la redistribuer à tous, ne serait d'aucune utilité, et même s'il avait une grande beauté esthétique, il n'attirerait personne à lui et par dépit, personne ne l'admirerait.
---> La grandeur de Marie ne tient donc pas seulement à ce qu'elle reçoit, mais tout autant - et même surtout- à ce qu'elle retransmet autour d'elle, à la manière d'un aqueduc, si l'on parle de l'eau de la Grâce ( cf saint Bernard de Clairvaux), et à la manière du cou, si l'on parle du Corps dont la tête est le Christ et dont nous sommes les membres, le tout formant l'Église.
L’expression “médiation participée” peut exprimer un sens précis et précieux de la place de Marie, mais comprise de manière inadéquate, elle pourrait facilement l’obscurcir et même la contredire. La médiation du Christ, qui à certains égards peut être “inclusive” ou participée, est, à d’autres égards, exclusive et incommunicable.
C'est pourtant le Christ qui va Lui-même communiquer à Marie cette médiation du haut de la Croix, par cette Parole solennelle : "Femme, voici ton fils ; voilà ta Mère. "
---> Le Christ confie donc la mission de Médiatrice à celle dont Il fait la Mère des hommes, et Lui-même ne se substitue pas à elle : car Il veut en avoir besoin. Il n'y a donc pas d'intérêt à parler de "médiation participée", puisqu'il est déjà évident que Marie reçoit tout du Christ, et nous redonne tout de sa part.
---> Or, qui est plus essentiel qu'une Mère, dans la médiation auprès d'un fils laissé à sa seule garde ? On peut alors vraiment dire que ce fils recoit tout de sa Mère qui l'éduque, le nourrit, le prépare à sa vie de futur adulte.
---> De même donc que le Christ, durant sa Vie cachée, voulut tout recevoir par sa Mère, et non pas seulement la génération humaine sans plus : de même, Il voulut du haut de la Croix que nous recevions spirituellement tout par sa Mère, qui devient ainsi la Médiatrice auprès de nous de ce qui lui vient par l'unique Médiateur.
---> Sans le Christ, l'Unique Médiateur entre le Ciel et la terre, nous serions restés à jamais séparés de Dieu, car il fallait un Dieu fait Homme pour nous réconcilier avec Lui.
---> Mais cet unique Médiateur a Lui-même voulu pour nous une Médiatrice purement humaine pour nous prodiguer sa Grâce, médiation qui, comme dans le cas de la Corédemption, n'enlève rien à son Rôle d'unique Médiateur entre le Ciel et la terre, mais le perfectionne et le valorise bien au contraire :
---> Car cette participation singulière de Marie rend paradoxalement la Grâce plus accessible aux hommes que s'ils n'avaient accès qu'à un rapport homme - Dieu, sans aucun intermédiaire.
---> Et ce n'est pas seulement le fait de pouvoir se passer d'instrument qui met en valeur la perfection du Christ, mais tout autant de choisir l'instrument le plus parfait pour servir à réaliser sa Mission avec encore plus de gloire.
C'est la maternité de Marie qui va maintenant tout faire comprendre, nous le verrons dans la suite.
Pour résumer :
1 ) Entre le Ciel et la terre : un unique Médiateur, le Christ.
2 ) Mais une fois que la plénitude de l'Esprit est descendu sur la terre, c'est-à-dire en Marie qui seule à la capacité de le recevoir sans limite, nous recevons tous de Marie cette plénitude de l'Esprit-Saint, comme si elle en était réellement devenue pour nous la Source.
---> Elle est donc bien devenue pour nous la Médiatrice de toute Grâce, secondairement à l’unique Médiation du Christ nous valant le Don de l'Esprit-Saint.
---> C'est un rôle actif que Marie ne cesse de tenir auprès de chacun de ses enfants, et qu'elle a montré clairement lors de ses apparitions à sainte Catherine Labouré, par les rayons allumés ou éteints sortant abondamment de ses mains ouvertes :
- les rayons allumés : les grâces que nous acceptons de recevoir par son entremise
- les rayons éteints : les grâces que nous ne lui demandons pas.
---> Comment prétendre que Marie ne serait pas plus active auprès de son Fils qu'une simple image belle à regarder, alors que nous lui demandons incessamment de prier pour nous, pauvre pécheurs ?
---> Cette Bonne Mère se rend à elle-même le témoignage de sa surabondante activité en notre faveur, en tant que Médiatrice entre son Fils et nous, lorsqu'elle déclare aux petits bergers de La Salette :
« Si je veux que mon Fils ne vous abandonne pas, je suis chargée de le prier sans cesse pour vous ; et vous autres, vous n’en faites pas cas ! Vous aurez beau prier, beau faire, jamais vous ne pourrez récompenser la peine que j’ai prise pour vous".
55. Comme l’enseigne le Concile Vatican II, « l’influence salutaire de la part de la bienheureuse Vierge sur les hommes [...] l’union immédiate des croyants avec le Christ ne s’en trouve en aucune manière empêchée, mais au contraire favorisée »[141]. Pour cette raison, nous devons éviter toute description qui suggérerait, de manière néoplatonicienne, une sorte d’effusion de la grâce par étapes, comme si la grâce de Dieu descendait par différents intermédiaires – comme Marie – tandis que sa source ultime (Dieu) resterait déconnectée de nos cœurs. Ces interprétations affectent négativement la bonne compréhension de la rencontre intime, directe et immédiate que la grâce réalise entre le Seigneur et le cœur du croyant[142].
Prenons un exemple pour illustrer le rôle de Marie Médiatrice :
Lorsque l'eau est surabondante dans une région, autant par la pluie que par les sources ou les cours d'eau, personne n'aurait l'idée de tailler les rochers afin d'y construire péniblement un aqueduc !
Mais lorsque la pluie est très rare, les sources et les cours d'eau inexistants, la région désertique nécessite ce genre d'édification.
Ainsi : Marie est l'aqueduc qui transforme l'aridité de nos cœurs de pécheurs en source d'eau, car la grâce divine déborde de son Cœur sur nous.
Dieu aurait pu nous changer en saints angéliques, de manière à faire de chacun de nous de parfaits canaux pour les grâces du Christ : mais dans sa Sagesse, Il a préféré se servir de Marie, plus élevée que les chérubins et incomparablement plus glorieuse que les séraphins, pour nous inonder des torrents de ses grâces, lesquelles ne nous parviendraient pas assez généreusement autrement.
Certes sans Marie, comme pour les protestants, ses grâces nous parviendraient par la voie directe, mais parcimonieusement, car il manquerait cette surabondance et cette assurance voulue par l'Amour de Dieu.
Le fait est que seul Dieu justifie ; seul le Dieu Trine[143]. Lui seul nous élève pour surmonter l’infinie disproportion qui nous sépare de la vie divine, Lui seul actue en nous son inhabitation trinitaire, Lui seul entre en nous, nous transformant et nous faisant participer à sa vie divine. Ce n’est pas un honneur pour Marie de lui attribuer une quelconque médiation dans l’accomplissement de cette œuvre exclusivement divine.
Quelle tristesse d'en arriver à renverser ainsi les choses !
Bien sûr, "ça marche sans Marie", mais tellement moins bien, et de manière tellement moins assurée !
On a l'impression que MPF voudrait inspecter les croyants afin d'éviter "la triche" ! Cela ne serait soi-disant pas juste que seuls les pauvres petits protestants n'aient pour se sauver que les grâces leur venant en direct de Dieu, alors que les catholiques pourraient seuls bénéficier des grâces surabondantes en provenance de cette Médiatrice d'exception qu'est la très Sainte Vierge Marie !
Si Marie doit être proclamée "Médiatrice de toute grâce", ce n'est certainement pas en raison du fait que rien ne puisse passer, sinon par ses mains : mais bien plutôt en raison du fait que Dieu veut nous assurer le salut !
Si avec Marie Médiatrice de toute grâce, les hommes peuvent être bien plus sûrement sauvés que sans elle, pourquoi jouer ainsi à les éloigner d'elle, d'où provient toutes les grâces que nous osons lui demander de la part de Dieu, et que son intercession nous obtient à coup sûr ?
Il faut au contraire penser à ce que "pas un ne se perde", selon le souhait de notre Seigneur. Et tout comme Marie nous invite à aller à Joseph ( "ite ad Joseph" ), il s'agit simplement d'écouter l'unique Médiateur entre Dieu et les hommes nous dire : "Allez à Marie, passez par son Cœur Immaculée" pour garantir notre salut éternel.
Ce qui n'enlève rien au fait que ce salut vienne de Lui, et uniquement de Lui seul.